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Cette bête-là!

Par Joannie Langlois

octobre 1, 2017

Cela faisait plusieurs mois qu’un couple s’autoconstruisait à quinze minutes de leur habitation actuelle et à trente minutes de leur travail. Ils étaient à bout de souffle. Insufflant toute leur énergie pour satisfaire à 110 % toutes les sphères de leur vie et pour focaliser leur créativité et leur sens technique sur la construction de A à Z. Leur état d’âme était troublé, m’étant plus que jamais leur patience et leur endurance à dure épreuve. Ils étaient au bord de l’épuisement, frôlant la fatigue professionnelle, la déprime, l’écoeurantite aiguë de la construction, le fait de ne plus avoir confiance en leur choix, et doutant tout le temps.

Même s’ils n’en pouvaient plus, elle termina sa dernière année d’Université en plus de travailler le jour, et il travaillait de jour également. Difficile de garder le sourire, le couple s’éloigna. Par cette étape difficile pour un couple, ils ne pensaient plus à eux, ainsi qu’à toutes les autres parties de leur vie pour se concentrer sur ce projet.

Un matin comme à l’habitude, ils allèrent au chantier machinalement pour faire leur journée. Il avait encore de la rosée dans le champ et une lueur de soleil. Cependant, ce matin changea tout…

Lorsqu’elle arriva, elle regarda dans le champ et vit une bête! Elle plissa les yeux pour mieux voir ce que c’était. Elle avait peur et son cœur battait fort. Est-ce que c’était un loup?

Malgré sa peur, elle s’approcha un peu. Puis, elle recula et alla voir les autres sur le chantier pour leur dire ce qu’elle avait cru voir. Il n’y avait que des hommes autour d’elle. Ils ne lui répondirent pas grand-chose, regardant au loin pour confirmer la présence d’une bête, mais sans plus. Elle décida alors de se pencher et de l’appeler doucement en l’observant toujours pour rester alerte au danger.

Le dos courbé, la bête s’approcha d’elle, méfiante. Elle aussi, elle était incertaine. Ainsi, en s’approchant, on pouvait discerner une carrure de loup avec le poil d’un ours. La bête était mouillée et mal entretenue. Elle avait l’air sauvage.

Enfin, la bête leva la tête et elle vit un presque loup; elle y vit un gros chien élancé! Son museau toucha sa main et s’y laissa flatter. Cette grosse bête sembla avoir brisé ses barrières et elle aussi.

Ils passèrent alors une magnifique journée à s’apprivoiser. Depuis longtemps, elle vit enfin le soleil et en profita. En fait, tout le monde en profita, mais pas autant qu’elle. La bête la colla et la suivit toute la journée. La bête était plus craintive avec les hommes de la place. Lui, il avait espoir et se prit d’affection pour la bête. Quant à elle, elle se gardait une réserve, car la bête devait venir de quelque part. Il se rendit compte que celle-ci avait une médaille et réussit à contacter la personne qui détenait le numéro de téléphone.

Hélas! La grosse boule de poil avait un propriétaire. Il avait cependant réussi à rejoindre la CPCA et attendait le jugement de la propriétaire qui devait appeler dans la journée. Celle-ci se passa tout de même dans le plaisir.

Il était trop tard, peu importe le verdict final, lui, il avait fondu pour ce regard piteux.

Le téléphone sonna enfin en début d’après-midi. Bref soulagement, la bête venait tout juste d’être laissée à un nouveau propriétaire du même village, mais sans avoir eu le temps que les papiers se transfèrent. Celle-ci devait l’appeler pour qu’il nous contacte. La bête avait donc quelques instants de bonheur encore avec nous sur le chantier.

Finalement, la propriétaire le contacta, lui, et envoya son petit frère chercher la bête. Celui-ci eut de la difficulté à le ramener malgré le fait qu’il était notre voisin, en fin de compte, et qu’une terre de 100 acres nous séparait. Il réussit à se faire suivre jusqu’à la maison voisine. Déçu et déjà nostalgiques, ils continuèrent la construction.

Soudainement, ils se retournèrent et virent la bête tout heureuse courir vers eux. Des larmes de joie remplirent leurs yeux, mais c’est à contrecœur qu’elle le poussa vers le chemin pour qu’elle rentre chez le voisin. La bête était moins sauvage qu’elle ne le croyait finalement. De plus, elle était intelligente et dès que la bête vu qu’elle l’amenait vers le chemin, vers l’autre maison, elle se retourna et alla se cacha le museau entre les jambes de lui. Il n’avait rien à faire. Puis, on entendait comme trame sonore les cris du jeune garçon qui l’appelait.

Ce fut en soirée que l’homme de la maison vint chercher la bête avec une laisse. Celle-ci semblait contente de le voir, mais ce sentiment fut bref quand elle vu qu’il tirait à contre-courant sur la laisse. Tristes, ils observèrent la bête partir pour s’en aller à leur tour à la tombée de la nuit afin de reprendre des forces pour une dernière journée de construction complète avant le fameux lundi du retour au travail.

Le lendemain matin, les deux tourtereaux se remémorent leur belle journée avec la bête, tout en conduisant vers le chantier, en pensant qu’ils aimeraient bien l’adopter si les voisins voulaient s’en départir.

15 minutes plus tard, qu’elle ne fut pas leur surprise lorsqu’ils entrèrent dans la cour et vit cette bête-là qui les attendait à côté de l’escalier! La bête s’était encore enfui de chez le voisin. Tous les trois étaient heureux de se voir. La bête courra vers eux et c’est avec les yeux remplis d’eau qu’ils lui donnèrent des caresses à profusion. C’est dans la joie que se passa leur journée à trois. Ils attendirent l’appel des voisins toute la journée dans l’espoir qu’un dénouement positif arrive. Les voisins n’avaient pas l’air à trop s’en faire, car ils ne reçurent un appel qu’en soirée. Cet appel changea leur vie…

La voisine disait qu’elle allait recommencer à travailler, car son congé de maternité était terminé, que cela ne faisait que deux semaines qu’elle avait cette bête-là, mais que son bébé en était allergique et que l’homme de la maison travaillait sur « des runs ». Donc, qu’ils n’avaient pas de temps pour la bête et qu’ils nous la laissaient si on la voulait. Cependant, on devait la prendre toute de suite.

C’est ainsi que nous sommes devenus propriétaires d’une grosse bête poilue.

Il, était l’homme de ma maison, et elle, était moi.

Il va sans dire que nous étions heureux, mais nous étions aussi chagrinés parce qu’après deux changements de maisons en 9 mois, la bête ne pouvait pas rester tout de suite avec nous. La maison n’était pas prête à habiter et nous restions dans un appartement sans présence possible d’animaux. Le cœur gros, la bête resta donc dans nos familles, ne pouvant peu la voir durant 2-3 semaines. Nous en avions mal au cœur, car nous nous rendions compte qu’elle nous faisait du bien, que nous l’aimions de plus en plus et que nous savions que nous l’aidions pas en ne lui donna pas une maison fixe. Nous savions cependant que ce serait de courte durée et que nous ne pouvions pas faire grand-chose de plus que de continuer à nous acharner sur la construction de ce futur nid.

Le grand jour arriva! Nous avons été cherché la grosse bête et entrèrent dans notre maison habitable, mais toujours en construction. Cela prit du temps à cette bête-là pour s’habituer à sa maison définitive et finale et à aimer entrer dans nos autos sans penser que nous allions s’en séparer.

Aujourd’hui, nous nous rendons compte à quel point que cette bête-là nous à sauver et à changer notre vie. Elle, qui se trouve à être un chien, mais pas n’importe quel chien. Il s’agit exactement d’un mélange de races que mon conjoint et moi voulions. Nous ne nous étions pas rendons compte, également, à quel point nous étions à bout, et qui sait, qu’elle nous a sauvés de la dépression et d’une séparation. Elle, qui nous a choisi et qui correspond à des attentes que nous avions pour un futur qui fut plus proche que nous le pensions. Elle est arrivée à un bon moment dans notre vie, comme si elle avait entendu notre subconscient crier à l’aide. Quand on y repense, cette histoire nous fait peur sur plusieurs points et nous donne des frissons. Qui plus est, cette grosse bête ne pourrait pas être plus parfaite comme animal de compagnie!

Bref, cette bête-là nous a choisis et nous l’a remercions du plus profond de notre cœur!

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